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Comment voyager écolo hors frontières? Question de compromis. [2/2]

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Peut-on vraiment voyager écolo à l’international ou est-ce une activité obligatoirement écocide?

Dans la 1ère partie de cet article “Pourquoi voyager en avion si on a l’âme écologiste? Explications [1/2]”, nous nous sommes demandés si voyager était forcément incompatible avec l’écologie, et pourquoi des écolos prenaient encore l’avion.

Il y a en effet des raisons concrètes parfois dû aux effets du colonialisme et de la globalisation, par exemple. Et d’autres raisons comme la préservation des espèces en voie de disparition.

Maintenant que nous avons établi les causes et parfois utilités de ces voyages, que peut-on faire face à la pollution qu’ils génèrent?

Dans cette 2ème partie, nous allons voir ce qu’il est possible de faire collectivement et individuellement pour empêcher les voyages de tuer la planète.

Tout est une question d’équilibre. Les ODD (Objectifs de Développement Durables) insistent sur l’importance d’équilibrer ces 3 concepts: écologie, économie et social.

Il ne s’agit donc pas de supprimer complètement le tourisme. Mais de le transformer pour qu’il soit à la fois bénéfique pour l’environnement et pour les populations locales. 

Pour certains pays lointains, c’est leur principale source de revenu. Il est clair que ce n’est pas sain. Mais vouloir interdire toute activité aérienne n’est pas la solution non plus. Leur supprimer complètement cette ressource précieuse ne peut pas se faire sans transition. 

C’est pourquoi le tourisme doit changer et aspirer à devenir durable, écologique et éthique. 

Mais est-ce vraiment possible? Quelle est la voie à prendre pour que cette approche fonctionne?

Voyagez eco responsable et de manière raisonnée: demandez-vous quel est le moyen le plus écologique de voyager en l’adaptant à vos capacités physiques.

Nous ne devrions pas augmenter le nombre d’avions. Au contraire, il faut le réduire et pratiquer massivement le revenue management (aussi appelé yield management) c’est-à-dire s’assurer que le taux de remplissage de chaque avion qui décolle soit élevé, afin qu’aucun avion ne voyage à vide, comme cela arrive parfois

Nous devrions également remplacer les vols court-courriers par des trains à grande vitesse fréquents et abordables. Ou même des trains de nuit lents, confortables et sûrs. N’oublions pas que certaines personnes prennent l’avion parce qu’elles ne supportent pas la douleur physique d’être assises dans un bus pendant des heures. Nous critiquons également les personnes âgées qui partent en croisière, mais beaucoup le font parce que c’est plus accessible pour leurs problèmes de santé ou de handicap. N’oublions donc pas ces minorités.

Réglementation de la politique environnementale en matière de voyages :

Si les croisières sont si mauvaises pour l’environnement, pourquoi nos gouvernements font-ils si peu pour empêcher leur pollution ? La “mise à quai” ou le projet «Escale zéro fumée»  (le branchement électrique des navires à quai lors des escales) est un exemple de pollution qui pourrait être évité si nous disposions de l’équipement adéquat, c’est-à-dire d’une alimentation électrique à quai. Et si nous n’en avons pas ? Peut-être que nous n’aurions pas dû autoriser les navires de croisière avant la construction de ce dispositif.

Si les combustibles fossiles sont mauvais pour l’environnement, pourquoi les plus gros pollueurs, comme les compagnies aériennes, sont-ils exemptés de taxes sur le carburant? Ça n’a aucun sens. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et nous devons leur demander des comptes, afin que cet argent puisse être utilisé pour des solutions durables.

Mais l’argent ne permettra pas de résoudre tous les problèmes liés à la contamination et à la perte de biodiversité. Nos gouvernements doivent donc également restreindre les activités qui nuisent à l’environnement, comme nous l’avons mentionné précédemment avec le trafic aéroportuaire. 
Même chose pour les bateaux de croisière. Ils ne devraient pas être autorisés à aller partout. Et il est peut-être temps d’interdire les méga-paquebots (d’ailleurs souvent construits en France) et d’instaurer des quotas.

Se méfier de la technologie, du greenwashing et des compensations carbone :

De nombreuses compagnies aériennes vous raconteront de belles histoires… Elles disent qu’il existe des solutions pour que nous puissions continuer à prendre l’avion exactement de la même manière qu’aujourd’hui… C’est un gros mensonge dont je vous parlerai dans de futures publications. Même s’ils utilisent des carburants durables d’aviation  (SAF en anglais: sustainable aviation fuel), plantent des arbres à votre place pour “compenser”, utilisent de l’hydrogène, etc., le fait est qu’un vol aller-retour Paris-New York émet pratiquement autant que ce que devrait émettre une personne par an (2 tonnes* de CO2) afin de réduire nos émissions, respecter les accords de Paris, et limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C (On est à 1.2ºC et on voit déjà la catastrophe, donc chaque dixième de degré compte). En tant que voyageuse, j’espère sincèrement que la technologie pourra sauver l’aviation ! Mais ce n’est qu’un vœu pieux, du “wishful thinking” comme on dit en anglais. Ce n’est pas ce qui se passe en ce moment. L’hydrogène ne peut être produit sans combustibles fossiles, la capacité n’existe pratiquement pas aujourd’hui et nous ne sommes pas sûrs de ce qui arrivera. De plus, le problème de se poser des questions dans l’urgence climatique comme on le fait, c’est de vouloir trouver des solutions miracles sans évaluer correctement les conséquences. Certains chercheurs ont conclus que le remède est pire que le mal avec l’hydrogène.

On ne peut pas continuer le business as usual en se disant que la technologie va tout régler, et espérer ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre. Nous devons avant tout être honnêtes et raisonnables, et agir de manière équilibrée.

*peut varier selon la source et la méthode de calcul

Sensibiliser sur le style de vie hyper contaminants des riches : jet privé, yachts, etc :

Nous devrions limiter au strict minimum l’utilisation de la classe “affaires” et la réserver aux personnes ayant des problèmes de santé, comme nous l’avons mentionné précédemment.

Et nous devrions limiter les jets privés. Je sais : Je suis en train de devenir un peu extrême en disant cela. Mais la réalité est que ces personnes riches et célèbres voyagent seules dans leurs jets privés (peut-être pour des raisons de sécurité, ayant peur de se mêler au commun des mortels), et font exploser l’empreinte carbone de tous les autres. Ils devraient au minimum remplir leurs avions avec d’autres personnes de leur classe ! Et certains trajets très courts devraient être bannis.

On parle beaucoup de leurs émissions de CO2 dues à leurs jets, mais saviez-vous que leurs yachts ont en fait un impact plus important? On n’en parle pas, peut-être parce qu’on aime se promener dans les ports et se prendre en photo devant leurs beaux yachts… Alors serions nous, nous aussi, un peu hypocrites?

Interdire le tourisme spatial : les effets dévastateurs des voyages dans l’espace sur le changement climatique.

Ce sont ces mêmes personnes qui voyagent dans l’espace, et qui, en l’espace de quelques minutes de vol, ont une empreinte carbone équivalente aux émissions de toute une vie d’une personne. C’est hallucinant! Ces riches sont les plus néfastes pour le climat et nous devons leur faire savoir qu’ils ont un comportement abusif et que les voyages dans l’espace sont synonymes de pollution. Ils doivent se poser sincèrement la question suivante : quel est l’impact environnemental de ce type de voyage sur l’environnement ? Mais ils préfèrent nier la réalité et faire croire que l’empreinte est faible.

Comment voulez-vous que les gens fassent des efforts lorsqu’ils apprennent que leur niveau de dommage est si faible par rapport à l’élite ?

C’est pourquoi beaucoup d’écologistes parlent de “justice climatique”. Certains disent par exemple qu’on devrait se concentrer sur les plus gros pollueurs, c’est à dire ceux qui prennent plus de 12 vols en avion par an.

Contrôle de la publicité : son impact sur nos désirs…

Le cinéma et les médias nous influencent beaucoup. Quand on voit des personnes célèbres dans leurs jets privés, profitant de leurs yachts, conduisant leur SUV vers les pistes de ski, etc… ça formate le subconscient universel sur ce que devrait être un voyage de rêve. Alors que le paradis peut avoir mille facettes: dans la nature, au bord d’un lac entouré d’oiseaux et de biodiversité, à 30 minutes de chez soi…

Il est temps de changer nos mentalités en créant une nouvelle tendance qui promeut les destinations intérieures. Il faut aussi les rendre accessibles par les transports publics afin que les gens aient la possibilité de découvrir leur propre pays le temps d’un long week-end au lieu de se rendre à Venise ou à Barcelone avec une compagnie aérienne low cost (à bas prix / à bas coût).

visite de la famille dans un village des Pays Bas
Village aux Pays-Bas.

Je ne dis pas que les gens ne devraient plus venir à Barcelone. Mais s’ils le font, il faut que l’empreinte carbone induite par leur voyage soit amortie en quelque sorte. Ou – dit autrement – que ça en vaille la peine. Restez au moins une semaine entière. Il y a beaucoup de choses à visiter en Catalogne, pas seulement Barcelone. La culture et la nature sont riches et variées.

Voyages écolos grâce au slow travel et à la diversification des modes de voyages :

Il faut absolument promouvoir le tourisme slow (tourisme lent et durable), avec des séjours plus longs et donc moins fréquents, pour encourager à rester hors des sentiers battus. Mais avant cela, il faut évaluer la possibilité d’accueillir des touristes. Car tous les villages n’ont pas la capacité de les accueillir, en termes d’hébergement, de transport, de gestion des déchets, d’eau ou d’électricité.

Encore une fois, on accuse d’égoïsme les gens qui prennent l’avion pour se rendre dans des régions reculées de la planète et on leur dit qu’ils devraient se contenter de rester à quelques kilomètres de leur maison. Malheureusement, même en restant dans le camping du coin, vous ne sauverez pas la planète. Si la pression touristique est trop forte, parce que tout le monde voyage à la même période, et dans des endroits qui subissent déjà beaucoup de stress naturels (sécheresses, incendies de forêt, etc), le fait que vous soyez là est déjà un problème.

Dans l’émission C’est dans l’air, Amandine Richaud-Crambes explique à la minute 50, que la pression touristique est un facteur d’érosion des sols par exemple. 

Est-ce que je dis que vous devriez arrêter complètement de voyager? Pas du tout! Mais il faut éviter de trop simplifier les solutions concernant la définition de vacances durables.

Si vous le pouvez, voyagez hors saison, dans des régions qui ne subissent pas de stress, et diversifiez vos types de vacances: il n’y a pas que la plage et la montagne.

La culture riche de Mengwi et Ubud à, Bali, 2013

Voyager écolo au travail: limiter les voyages d’affaires en avion.

Certains emplois sont sédentaires, d’autres nécessitent des déplacements.
C’est à nous, les employés, de nous abstenir de tout déplacement inutile, même si ce n’est pas toujours facile.
Depuis 2018, j’ai décidé de réduire voire de supprimer complètement les voyages d’affaires longs courriers en avion, voyant l’impact négatif pour ma santé et celle de la planète. Cependant, lors de ma recherche d’emploi, si je mettais le sujet de limiter mes voyages en avion sur la table, on ne donnait pas suite à ma candidature, même si les entretiens précédents s’étaient très bien passés…
Si tout le monde avait compris l’impact environnemental des avions et avait fait pareil, je n’aurais pas eu ce problème.
Mais on pense à sa carrière avant de penser à son empreinte écologique…

Et puis il y a des professions qui sont obligées de voyager quoi qu’il arrive. Prenons l’exemple d’un artiste qui doit partir en tournée pour se faire connaître internationalement. Difficile de se passer complètement de l’avion…

Dans le livre que j’ai lu récemment de Francesc Font sur l’agroécologie et l’agriculture régénérative, intitulé Arrelats a la terra, propostes per una agricultura regenerativa, l’agriculteur explique que l’empreinte carbone de l’avion de certains agriculteurs-formateurs est largement compensée. En effet, lorsqu’un agriculteur spécialisé dans ce domaine enseigne aux autres agriculteurs du monde entier comment éviter les pesticides, le labourage des sols et les engrais chimiques, les sols deviennent si sains qu’ils ont une énorme capacité d’absorption du CO2 que nous émettons. Je développerai ce point dans mon prochain article de la rubrique Controverses environnementales de Planet’Mag.

Voyager sans prendre l’avion :

J’ai considérablement réduit mes voyages en avion depuis que j’ai pris connaissance de son empreinte désastreuse (je n’en avais pas vraiment conscience jusqu’à il y a quelques années, pensant qu’ils n’étaient responsables que de 2% des émissions de gaz à effet de serre). Mais je n’ai pas arrêté complètement de prendre l’avion, pour toutes les raisons mentionnées dans cet article et le précédent.

Je sais cependant qu’il est possible de passer des vacances inoubliables sans prendre l’avion. On ne connaît pas bien notre région ni notre propre pays.

Attention, toutefois, à ne pas simplifier en laissant penser que seul l’avion a un impact écologique désastreux. Conduire sa voiture seul pendant plus de 1000 km est presque aussi mauvais que de prendre l’avion ! Cela dépend en fait du type de voiture, de l’année, etc. Un 4×4 a une empreinte carbone presque 2x plus élevée que l’avion par kilomètre parcouru. Cet exemple illustre l’importance de ne pas tout simplifier sans réflexion.

Vous pouvez vérifier par vous-même à l’aide du calculateur d’empreinte carbone situé en bas de l’article du blog World Travel Able intitulé “Vers l’écocovisme ou un style de vie écologique“.

Je crois que je suis réaliste. J’évalue les avantages et les inconvénients, et je pense que voyager peut encore apporter du bon dans notre société, à condition qu’il soit pratiqué raisonnablement. Tant qu’on est prêt à faire quelques efforts et à réduire son empreinte dans d’autres domaines de sa vie, ainsi qu’en voyageant de manière plus responsable.

Compenser les effets des voyages sur l’environnement que vous générez en choisissant un mode de vie différent.

Comme indiqué dans la 1ère partie de cet article, il existe des domaines qui génèrent beaucoup plus d’émissions de CO2 que les voyages.

Voici les choix que j’ai faits pour compenser mon impact carbone de mes voyages en avion.

Vous pouvez vous en inspirer comme conseils pour que votre style de vie soit plus écologique, même si vous ne pouvez pas vous passer complètement de l’avion :

  • Ne pas avoir d’enfants,
  • Diminuer ma consommation de viande et de produits laitiers,
  • Manger local et biologique (suivant l’agroécologie) quand on peut, quitte à manger moins mais mieux : en privilégiant ce type de culture, on aide à restaurer nos sols, qui sont capables d’absorber une partie de nos émissions carbone. 
  • Eviter le plastique et se rendre dans les magasins zéro déchet,
  • Réduire mon empreinte hydrique et diminuer ma consommation d’eau chez moi
  • Ne pas avoir de voiture, surtout si on vit en ville et que les transports en communs sont performants comme à Barcelone,
  • Louer ou emprunter les choses dont on a besoin plutôt que de les acheter.
  • Partager un appartement en colocation, plutôt que de se faire construire une maison, dont l’artificialisation des sols contribue à la perte de biodiversité comme mentionné précédemment.
  • Éviter d’acheter des vêtements neufs, se procurer surtout des vêtements d’occasion et donner ou échanger des vêtements.

Quelques conseils pour que nos voyages soient plus écologiques :

  • Éviter l’avion, mais quand il n’y a pas d’autres options, privilégier les vols directs plutôt que les options les moins chères avec 3 ou 4 correspondances (c’est le décollage et l’aterrissage qui consomment le plus de carburant),
  • Voyager en classe économique plutôt qu’en classe affaires,
  • Voyager léger en limitant le poids de ses valises,
  • Éviter d’acheter des souvenirs made in China, mais plutôt d’artisans locaux, et qui soient utiles,
  • Prendre le train ou le bus pour les courtes ou moyennes distances, et réduire au maximum les voyages en avion (voir cet article sur la pollution du train vs avion),
  • Utiliser les transports publics dans la destination, 
  • Rendre ses voyages polyvalents : lorsque je devais me déplacer pour mon travail, je combinais avec une visite à des amis ou famille dans la région, et demandais des jours de congés pour découvrir la région,
  • Se rendre dans une destination qui encourage le voyage lent et durable, et y rester plus longtemps pour voyager moins souvent, mais mieux,
  • Éviter les grandes chaînes hôtelières internationales, et privilégiez les hôteliers locaux et ayant des pratiques durables.

Sur mon premier blog consacré aux voyages, World Travel Able, j’ai écrit un article sur les voyages durables et respectueux de l’environnement, notamment des conseils sur les moyens les plus écologiques de voyager. 

Il y a même des écologistes qui pensent que nous devons parfois voyager pour promouvoir un mode de vie plus durable. Parce qu’une conférence en ligne n’a pas le même impact qu’en présentiel, si on veut apporter de grands changements.

Vous trouverez d’autres contradictions ou ce que les écologistes purs appelleront “dissonance cognitive” dans la série d’articles suivants de cette nouvelle catégorie du site Planeta Sana appelée “controverse environnementale“. J’aborderai plusieurs grands sujets, dont l’alimentation, la santé et la technologie de la transition verte, que certains écologistes puristes simplifient alors que la réalité est complexe. Alors n’hésitez pas à suivre notre page Facebook, Instagram ou LinkedIn où nous annonçons tous nos nouveaux articles!

Nous discuterons de la manière dont tout cela est lié à la moralité et à la culpabilité. Comment on en arrive à rivaliser les uns avec les autres pour être les écolos les plus purs, les plus parfaits et les plus éthiques. Une manière qu’ont certains éco-anxieux de se sentir mieux. À Planeta Sana nous ne croyons pas en la perfection. Montrer sa supériorité écologique n’aura pas plus d’impact que d’analyser les faits en restant objectif et empathique. Notre but est plutôt de trouver des moyens pratiques et réalistes de rassembler des personnes imparfaites pour avoir un impact plus positif sur l’environnement.

Lisez la suite de notre rubrique !

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