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Pourquoi voyager en avion si on a l’âme écologiste? Explications [1/2].

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De nombreux écologistes  ont commencé à se préoccuper de l’environnement après avoir eu la chance de voyager et de découvrir sa beauté. Leur passion pour protéger la planète s’est alors intensifiée. Ce genre d’expérience est assez courant parmi les voyageurs à l’âme écolo. De nombreux amoureux de la nature peuvent se sentir identifiés, moi incluse.

Je l’ai dit maintes fois dans mes publications : le but du site web de Planeta Sana n’est pas d’être parfait, mais de s’adapter et de vivre un mode de vie plus durable et plus écologique (y compris lors de nos voyages), en tenant compte de nos problèmes de santé et/ou de nos handicaps.

“Le but de ce site n’est pas de donner de leçons. Comme vous, j’apprends et surtout j’essaie de composer avec mes propres limites. Ma volonté est de vous transmettre toutes les informations et ressources dont je dispose pour vous aider dans votre démarche.”

Extrait de la page A propos de Planeta Sana

En fait, je ne me considère pas comme une écologiste pure, à cause de mes imperfections. Cependant, je souhaite fournir des informations sur la manière de protéger notre santé et celle de la planète, afin que les gens puissent prendre les meilleures décisions sur leur mode de vie et de voyage.

Définition de l’écologiste :

Voici en fait une des deux définitions du terme “écologiste” du dictionnaire Robert :

Partisan de la défense de la nature, de la qualité de l’environnement

Je suppose que c’est ce que j’essaie de faire… surtout lorsque je me pose des questions du style: comment voyager écologiquement ou quel est l’impact écologique des voyages?

Dans un premier temps, je souhaite simplement adresser cette série d’articles aux deux extrêmes : aux écologistes purs et durs, ainsi qu’à ceux qui croient encore que le changement climatique provoqué par l’homme est un mythe, c’est-à-dire les climato-sceptiques, qui ne se demandent jamais : pourquoi les voyages durables, c’est à dire des voyages éthiques et éco-responsables sont-il si importants ?

equilibre valeur de planeta sana
Nos valeurs.

Je le dis tout le temps : la vie n’est pas binaire, mais complexe. Rien n’est tout noir ni tout blanc : il y a beaucoup de nuances de gris. Mais on a tendance à simplifier et pour l’environnement c’est pareil. On cherche à imposer des solutions faciles et parfaites au lieu d’aborder l’écologie avec pragmatisme en considérant les circonstances de chacun.e.

La réplique habituelle des écologistes purs sur les voyages et l’écologie :

Vous cherchez des excuses et si vous regardez les faits, vous devriez prendre des mesures radicales, comme interdire les avions, parce que la planète brûle et que nous n’avons plus le temps d’agir de manière modérée.

Une chose est sûre : nous n’avons plus le temps et avons même 50 ans de retard! Mais ce n’est pas en abordant les problèmes de la sorte que les gens vont soudainement suivre cet exemple et vivre un mode de vie écologique parfait (que certains qualifieront même d’extrême). La majorité n’arrivera pas à s’y conformer, même s’ils soutiennent l’idée en théorie.

Si nous voulons obtenir davantage de soutien pour l’action climatique, nous devons essayer de rassembler les gens dans la joie et la bonne humeur, plutôt que de les diviser dans la frustration. Tout le monde peut faire quelque chose à son niveau. Et pour moi, c’est ce qui compte le plus. Du moins si nous cherchons à avoir un impact concret et durable.

Parc de la Mauricie, Canada, l'écolo voyage pour un mariage dans sa famille
En déplacement au Canada (Parc de La Mauricie) pour un mariage dans ma famille.

J’ai rassemblé quelques éléments de réflexion sur les raisons pour lesquelles on continue à voyager même si on veut protéger la planète. Et dans un 2ème article, j’explique comment on peut encore prendre soin de l’environnement et voyager, si on le fait de manière équilibrée et éco responsable.

L’impact environnemental de l’avion et des voyages :

Prendre l’avion est probablement la question la plus “problématique” quand on se soucie de l’environnement… Les écologistes établissent souvent une corrélation entre les voyages en avion et le changement climatique. C’est pourquoi je veux commencer par ce sujet important…..

Les voyageurs écolos prennent-ils encore l’avion ? Ils ont perdu la tête ! Flygskam : l’avihonte (la honte de voler) !

J’ai beaucoup lu sur le sujet de l’empreinte carbone et de l’aviation. L’impact environnemental d’un voyage en avion est indéniable et désastreux au niveau individuel. En effet, quand une personne à l’âme écolo calcule ses émissions de gaz à effet de serre, elle voit que son bilan explose si elle prend un vol international, ce qui réduit presque à néant tous ses efforts sur son empreinte carbone, même si elle prend des mesures telles que ne pas posséder de voiture, prendre les transports publics, le vélo et le train pour rendre visite à ses amis et à sa famille. Si elle n’avait pas pris ce vol, son empreinte carbone serait très faible, car ces mesures rendent son style de vie assez écologique.

Alors pourquoi prendre l’avion en connaissance de cause? (ou les excuses comme diraient les écologistes purs) ?

Colonialisme et mondialisation:

De nombreuses personnes, y compris les écologistes, ont des origines hors de l’Europe ou du continent de là où ils vivent. Et leur partenaire peut aussi être originaire d’une autre région du monde. Donc, si on veut rendre visite à sa famille, il n’y a pas d’autre moyen de passer du temps avec elle. Le train ne va pas partout…

Et non, Thomas Wagner, on ne peut pas utiliser Skype partout ! Pour un an comme tu l’expliques avec ton  frère, ça va, mais pas à vie.

Quand sa famille est à l’autre bout du monde, on veut être là pour les moments importants… Naissances, mariages, enterrements… On ne peut pas diffuser la cérémonie en streaming… Internet n’est pas accessible ou performant sur toute la planète… C’est déjà assez difficile de vivre la perte d’un être cher, alors ne pas pouvoir être là pour faire ses adieux est cruel…

Pas tout le monde a le luxe de voir souvent ses grands-parents. Certains ne les voient que quelques mois dans l’espace de toute une vie. Lorsqu’on les voit vieillir et qu’on a l’occasion de leur rendre visite, on n’hésite pas! Chaque voyage qu’on fait, on sait que c’est peut-être la dernière chance qu’on a de passer du temps avec eux…..

Il arrive aussi de se sentir attiré par le pays dont on est originaire. On veut savoir à quoi il ressemble. C’est une question d’identité et c’est normal de se sentir attiré par ces destinations, même si on n’a plus de famille là-bas. 

J’ai connu des personnes adoptées qui cherchaient leurs parents biologiques et se rendaient tous les 2 ou 3 ans dans leur pays, dans l’espoir de retrouver leur famille un jour, et par défaut, de comprendre leur culture.

Découverte de mes origines reunionnaise et visite à la famille.

Si les gens n’avaient pas des origines dans les anciennes colonies, ils n’auraient peut-être jamais eu besoin de voyager, du moins pour ces raisons. Et ne me dites pas qu’ils n’ont qu’à retourner vivre là-bas. Ce n’est pas si simple. Ces gens-là ont leur vie ici.

Vivre sur une île : quand l’avion est la seule option de se déplacer.

Tous les pays ne disposent pas de service de ferry, et s’ils en ont un, il n’est pas toujours facilement accessible, à moins d’avoir une voiture.

Même avec une voiture, le ferry n’est pas toujours une option, en raison du temps nécessaire pour effectuer le trajet. De plus, l’avion est le mode le plus sûr par kilomètre parcouru selon cet article. La plupart des travailleurs ne disposent que d’un certain nombre de jours de congé par an et ne peuvent pas renoncer à voir leur famille. Éviter l’avion n’est donc pas évident.

Cork Rosslare en transport public en 2022
Cork à Rosslare en transport public en 2022 : 6h15 de trajet, contre 2h45 en voiture.

On peut aussi se demander si le ferry combiné à la voiture est vraiment moins émetteur que l’avion.

À titre d’exemple, un voyage en classe économique sur un vol direct de Cork (Irlande) à Toulouse émet 0,18 tonne de CO2.

Si vous prenez un ferry avec une voiture, le trajet complet de Rosslare à Cherbourg n’émet que 0,078 tonne de CO2. On ne parle évidemment pas des émissions d’oxyde d’azote et de soufre émises par les bateaux, à hauteur de 17 à 31% dans le monde. 

Ensuite, l’empreinte CO2 de la voiture de Cork à Toulouse (via Rosslare et Cherbourg pour rejoindre le ferry), est de 0,173 tonne. Lors de ce voyage, j’ai mis ma voiture sur un autotrain de Paris à Toulouse. Malheureusement, ce service a été supprimé en 2020…

Donc en gros, il n’y a pas de différence si vous voyagez seul, même en sélectionnant une petite voiture qui émet moins avec le calculateur, la quantité d’émissions de carbone est presque la même.

Ensuite des pays comme Madagascar n’ont pas du tout de ferry.

Quant à certaines îles des Caraïbes, la seule façon de s’y rendre par la mer est de faire une croisière. Allons au bout de l’absurdité pour éviter l’avion : la croisière la plus courte depuis le continent américain part de Miami ou de Fort Lauderdale, dure 8 jours et émet un total de 2,37 tonnes métriques de CO2 (le calculateur prend également en compte l’empreinte en termes d’hébergement et de nourriture, ainsi que des divertissements à bord), donc aucun intérêt…

Quand le manque d’opportunités et le sentiment d’être un étranger dans son propre pays conduisent à l’expatriation:

Cela s’applique généralement aux personnes ayant des origines d’anciennes colonies, mais pas seulement. De nombreux jeunes en Espagne n’ont eu d’autre choix que d’aller dans les pays nordiques pour trouver un emploi…

A Toronto en vacances après une semaine de travail au QG de mon entreprise en 2011
À Toronto en vacances après une semaine de travail au QG de mon entreprise juste à côté, en 2011.

J’ai également parlé du racisme sur un autre blog. Il n’est pas facile d’être accepté tels que nous sommes avec une couleur de peau, une texture de cheveux ou même des capacités physiques différentes. Certains pays sont plus ouverts que d’autres et c’est pourquoi les gens finissent parfois par s’expatrier. Ils en ont assez de n’avoir aucune chance à cause de leur nom ou de leur origine, et ils cherchent une vie meilleure.

Opportunité de travail à Barcelone, rendant visite à mes collègues aux USA.
Opportunité de travail à Barcelone, en visite à mes collègues aux USA.

Alors qu’attendez-vous de tous ces expatriés ? Qu’ils ne rentrent pas chez eux pour rendre visite à leurs amis et à leur famille ? Qu’ils ne fassent pas connaissance avec d’autres expatriés? Ils se retrouvent avec des amis et de la famille dispersés dans le monde entier qu’ils n’auraient jamais rencontrés s’ils n’étaient pas expatriés. Certains vivent dans des destinations facilement accessibles en train, d’autres non et l’avion est la seule option pour leur rendre visite.

La promesse d’un emploi dans le secteur de l’industrie du voyage :

Dans les années 90, cette industrie était censée être florissante et promise à un grand avenir.

Pourtant, certaines écoles de tourisme avaient déjà mis en garde contre les impacts négatifs du tourisme, en raison de la massification. C’est pourquoi à Planeta Sana et Worldtravelable, nous travaillons depuis plusieurs années sur la sensibilisation des voyages durables.

De nombreux pays se sont réveillés trop tard, après de nombreuses années de dégradation de leur territoire par une urbanisation massive, afin de récolter les bénéfices économiques court-termistes du tourisme de masse. Mais certains pays se sont rendu compte que ce qui nous attirait chez eux était leur nature préservée. Ils ont donc décidé de la protéger, voyant les bénéfices écologiques, économiques et sociaux du tourisme vert. Ils ont alors commencé à protéger leurs forêts, leur faune et leur biodiversité de manière très intelligente, comme l’a fait le Costa Rica. Car ils ont compris que leur valeur reposait sur la nature et se sont focalisés sur l’écotourisme et les voyages éco responsables.

Malheureusement, c’est plus l’exception que la règle, et des pays comme l’Espagne ont détruit leur littoral pour se faire de l’argent, tuant la biodiversité de leurs posidonies, comme la biologiste Núria nous explique dans cet entretien…

Bien qu’il y ait des exceptions, comme je l’ai expliqué dans mon article sur Lanzarote, une destination qui s’est engagée à développer le tourisme durable.

Les avantages que certains écologistes voient sur les voyages:

Les voyages peuvent contribuer à la préservation de la biodiversité.

Pour ceux qui font les choses bien, le tourisme peut aider à protéger des espèces qui auraient disparu sans son existence. Nous l’avons vu lors de la pandémie. De nombreuses personnes en Afrique ou en Asie ont recommencé à faire du braconnage et tuer des espèces déjà en voie de disparition pour subsister, car le tourisme s’était complètement arrêté, comme on peut le lire sur cet article.

Quant à compter sur un tourisme local, il est difficilement envisageable dans certaines régions du monde, comme les pays en développement d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine. Les gens n’ont déjà pas de quoi manger, alors ils ne vont pas voyager localement… Le tourisme ne doit pas être la seule option pour une économie saine, mais ça ne veut pas dire qu’il faut l’abandonner complètement, car une économie diversifiée est toujours un atout pour un pays. Et nous avons besoin d’un minimum d’avions ou de bateaux pour se rendre dans ces destinations….

Lémurien à Madagascar
Lémurien à Madagascar.

Voyager et état d’esprit :

Généralement, voyager rend les gens moins matérialistes. Les voyageurs préfèrent dépenser leur argent pour vivre des expériences et rencontrer des personnes d’horizons différents. Les gens deviennent souvent plus tolérants, et il y aurait peut-être moins de guerres aujourd’hui si le voyage était obligatoire, comme une expérience initiatique pour les jeunes (à condition d’une véritable immersion culturelle et linguistique). Ils peuvent aussi partir en train ou en bus, s’ils restent sur leur continent. Quant aux possibilités de navigation avec des bateaux style voilier? Elles sont assez limitées… Même pour Greta, ça n’a pas été si facile!

L’avion peut aussi être évité sur de longues distances quand on est jeune, en forme et qu’on a le temps !

Si vous ne voyagez pas, les objets que vous achetez le font… à moins que vous achetiez localement.

C’est l’une des choses que j’aime le plus chez le type de voyageur qui recherche avant tout des expériences authentiques (pas ceux qui voyagent pour montrer leur statut social), car il n’est pas matérialiste.

Ils ont peu ou pas d’intérêt à posséder le type d’objets qui polluent notre planète.

Ces objets voyagent plus que nous. Ils sont généralement produits ailleurs, expédiés à l’autre bout de la planète grâce à une économie basée sur la globalisation. Donc si on veut parler d’hypocrisie, il faut aussi regarder de ce côté-là. Je ne dis pas qu’il est préférable de voyager que de faire voyager un objet. Je dis simplement que les voyages font partie de notre système globalisé et que certains voyageurs ont une empreinte plus faible à cet égard, grâce à leur état d’esprit.

Des écolos voyagent pour comprendre d’autres cultures :

Savoir communiquer est l’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse avoir ! La meilleure façon d’apprendre une langue est de vivre dans le pays pour s’en imprégner totalement et la pratiquer ! C’est aussi un moyen très efficace de comprendre pourquoi les autres personnes pensent différemment à travers leurs expressions et leur choix de mots.

Visite à la famille aux Pays-Bas, pays d’adoption de mon partenaire.

Certaines expressions ne peuvent pas être traduites de la même façon. Par exemple, en espagnol, on dit “me cuesta” pour dire “j’ai du mal”, alors que littéralement , ça signifie: “ça me coûte” (comme pour l’argent). On veut souligner l’effort : combien c’est dur et difficile. La traduction française ne se base pas sur le même concept.
Apprendre une langue est vraiment une belle manière de s’ouvrir l’esprit !

Le voyage en contrepartie d’un autre mode de vie : quand le voyage devient une passion et un choix de vie.

Je connais tellement de personnes qui ont décidé de ne pas avoir d’enfants et de voyager à la place…

C’est un sujet très sensible, voire tabou. Mais c’est un fait. Si on n’a pas d’enfants, c’est au moins une personne en moins sur terre, qui émet environ 9 tonnes de CO2 par an… et même si on élève ses enfants pour qu’ils soient de parfaits écologistes, cela reste au minimum deux tonnes par an.

Ces personnes n’ont pas le plaisir d’avoir des enfants, une grande famille, et ce sont les voyages qui les rendent heureux. Elles sont plus heureuses quand elles rendent visite à un.e ami.e de longue date à l’autre bout de la planète, après des décennies où elles ne se sont pas vues.

Ces personnes ont des étoiles dans les yeux lorsqu’elles découvrent une nouvelle culture, de nouveaux paysages, de nouveaux environnements, de nouvelles saveurs. Certaines personnes guérissent même de leurs problèmes physiques ou émotionnels après une expérience dans un autre pays. 

Le célèbre collapsologue Pablo Servigne a dit dans l’émission la Terre au Carré “Papa, c’est quoi cette histoire de fin du monde” du 12 septembre 2022 qu’il a eu des enfants car ça l’aide à se lever le matin: “C’est une pulsion de vie.” “Moi ça m’a donné de la force, ça m’a engagé, ça m’a obligé – avoir des enfants – à me lever le matin, à me battre.

Et si, pour certains d’entre nous qui avons décidé de ne pas avoir d’enfants, de voyager et de préserver la nature, c’était la même chose? Si voyager, aller à la rencontre d’autres civilisations, voir d’autres paysages, était pour nous notre pulsion de vie, ce qui nous donne envie de nous lever le matin et de nous battre pour la planète?

Personnellement, je sais qu’avec le SED, je ne pourrais peut-être pas voyager éternellement, donc je le fais tant que mon corps me le permet. Qui sommes-nous pour décider de ce qui doit nous rendre heureux dans notre vie ? Nous avons également le droit de profiter de la vie comme bon nous semble, à condition de ne pas abuser, savoir rendre aux populations locales ce qu’elles nous ont donné, et garder la notion d’équilibre en tête.

3 voyages en 1 sur la côte ouest des États-Unis : voyages d’affaire, de tourisme et de visite d’amis

Voyager pour un projet porteur de sens :

Personnellement, j’aime découvrir de nouveaux endroits pour travailler sur mon projet Planeta Sana et trouver des entreprises qui pourraient s’ajouter à mon carnet d’adresses durable et inclusif… Alors oui, une fois par an, je prends un vol long courrier et une autre fois ou deux, je prends un vol court ou moyen courrier quand le train n’est pas possible. Je ne pense pas que j’abuse.

Quand on voit que les grandes entreprises envoient certains de leurs employés en Europe ou à l’autre bout du monde en avion tous les mois, voire toutes les semaines… En classe affaires ou en première classe de surcroît… pour quoi faire ? Je doute que ce soit pour protéger la planète! Ce genre de fréquence n’est pas soutenable… C’est pourquoi je parle toujours d’équilibre.

Voyager par amour :

Enfin, l’un des points positifs indéniables des voyages est de pouvoir rapprocher les personnes qui s’aiment.Lorsque j’ai déménagé en Espagne, je regardais la télévision espagnole pour améliorer ma compréhension. L’un des programmes que je regardais s’intitulait Españoles en el mundo, et consistait à interviewer des expatriés espagnols dans le monde entier. Lorsqu’on leur demande pourquoi ils ont déménagé si loin de leur famille, la plupart d’entre eux répondent que c’est par amour.

Les relations amoureuses ne sont pas simples. Ce n’est pas parce que vous tombez amoureux de quelqu’un que vous allez emménager immédiatement ensemble dans un autre pays. Une relation à distance est généralement la première étape, impliquant quelques week-ends et vacances pour se retrouver, jusqu’à ce que la décision soit prise de vivre ensemble.

Le couple peut décider de vivre soit dans le pays de l’un, soit dans celui de l’autre. Parfois, ils décident aussi de vivre dans le pays où ils se sont rencontrés ou dans un pays neutre où ils se sentent tous deux à l’aise ou tout simplement, où ils peuvent trouver un emploi. Cela signifie-t-il que l’autre personne doit renoncer à rendre visite à ses parents, ses frères et sœurs, sa famille, ses amis et même ses animaux domestiques ? Non, bien sûr que non ! La plupart de ces personnes ne peuvent pas se permettre de voyager très souvent, mais elles essaient de retourner chez elles de temps en temps. Ma mère ne pouvait pas se permettre de voyager dans son pays natal pendant 25 ans… Est-ce que cette empreinte carbone est un drame? Non, je ne pense pas. Et l’amour est définitivement une bonne raison de voyager.

Excuses irrecevables de prendre l’avion :

J’entends des gens me dire “oh mais si tout le monde avait ton style de vie en prenant un long courrier tous les ans, ce ne serait pas durable”. Sauf que ce n’est pas tout le monde qui veut avoir mon style de vie et que je ne prends pas des longs courriers tous les ans non plus. Il y a eu au moins 20 ans de ma vie où je n’ai pris aucun avion. Et je n’envisage pas de le prendre jusqu’à ma mort.

Quand des gens comme Thomas Wagner nous disent qu’il faut arrêter de prendre l’avion, certaines personnes lui rappellent qu’il utilise un iPhone. Il a écrit un très bon article sur son site où il explique pourquoi, un peu comme je le fais ici avec les voyages:

“Alors que l’utilisation de la technologie/iPhone/X est un problème systémique, on pointe du doigt l’individu et son hypocrisie. En d’autres termes, au lieu de faire porter la responsabilité au système et de comprendre le poids social de s’extraire de ce dernier, on préfère faire porter la responsabilité sur l’écolo et son iPhone.”

Et prendre l’avion n’est ce pas un problème systémique pour une personne issue des anciennes colonies? Ou quelqu’un qui a dû s’expatrier pour trouver un emploi? Ou qui voyage pour retrouver une personne qu’il aime et qui vit dans un autre pays? Ou aux Etats-Unis, quand le train a été abandonné au profit des voitures (et donc maintenant, de l’avion)? Pas comparable, dirait le puriste écologiste!

Wagner dit aussi:

“les amateurs de whataboutisme adorent comparer l’achat d’un Iphone+ son utilisation à un aller-retour Paris-Bali. C’est pourtant complètement stupide.”

  • Pourquoi pas, me direz-vous? Si le numérique est si gourmand en électricité, en minerais, et a une empreinte carbone identique à l’aviation? 
  • Parce que peu de personnes utilisent l’avion par rapport au numérique. 67% de la population mondiale, avec l’Europe nº1, contre seulement 11% pour l’aviation

Mais encore une fois, prendre l’avion n’est pas toujours un choix. 

“La fin justifie les moyens : Afin de changer de système, plusieurs choix et compromis devront être faits. Le premier est d’utiliser “la technologie”, “son iPhone” et les réseaux sociaux pour parvenir à ce changement.”

Ça, c’est mon argument préféré. Figurez-vous que les écolos hypocrites qui prennent l’avion et qui ont donc un problème de dissonance cognitive, voyagent souvent pour ces mêmes raisons. Montrer la beauté du monde dans le but de donner envie de le préserver. Et parfois pointer du doigt les problèmes des lieux visités (déchets par exemple), pour sensibiliser à l’action. 

D’autres vont se déplacer pour leur travail qui permet de sensibiliser, de trouver des solutions ou de transmettre leurs connaissances qui peuvent aider la planète. C’est drôle que la fin justifie les moyens dans un sens, mais pas dans l’autre. 

Question d’échelle me rétorqueront-ils. Pas faux. Mais ne faudrait-il alors pas aussi parler d’échelles quand quelqu’un qui prend l’avion une ou deux fois par an en classe éco et quand qu’un autre le fait deux fois par semaine en business? Faut-il aussi déterminer pour quelles raisons? Qu’est ce qui est essentiel et qu’est-ce qui ne l’est pas? Tiens, ça me rappelle un mauvais débat de 2020 lors d’une certaine pandémie…

Et si tout le monde prenait l’avion?

Pas tout le monde souhaite prendre ses vacances à l’étranger en avion.

La plupart des gens préfèrent avoir des crédits, investir et avoir une hypothèque, 2 ou 3 enfants, plutôt que de voyager. Ils possèdent souvent 2 voitures par famille, et vivent loin des transports publics, pour pouvoir se permettre d’acheter une grande maison, qui utilise beaucoup de terrain… ce qui peut parfois être mauvais pour l’environnement aussi (l’artificialisation des sols…) et coûte de l’argent… Entre le parking, l’essence, l’assurance, l’entretien. On ne peut pas tout avoir. Et voyager une ou deux fois par an au lieu de ce mode de vie, c’était mon choix. Et le choix de tant d’autres écologistes imparfaits… 

La maladie de se comparer aux autres…

Alors, qui pollue le plus à la fin de l’année? Mon bilan carbone, malgré mes quelques déplacements en avion, me situe à la moitié de la moyenne française… Sans compter que dans leur calculatrice, on ne compte pas le fait de ne pas avoir d’enfants… 

Mais est-ce vraiment le type de conversation qu’on devrait avoir? Faut-il passer son temps à juger le mode de vie des uns et des autres, ou faut-il plutôt avoir une vision plus étendue du problème lié au changement climatique et chercher des solutions communes qui pourraient bénéficier à tout type de choix de vie?

Les voyages ont-ils un impact négatif sur l’environnement ?

Tout cet exposé n’est-il pas qu’un tas d’excuses bidons pour continuer à détruire la planète ?

L’impact de l’avion sur l’environnement est clair: il est impossible que 7,7 milliards de personnes prennent l’avion. Ce n’est pas viable [8 milliards prévus d’ici novembre]. Mais je doute que nous soyons 7,7 milliards à vouloir prendre l’avion. Certaines personnes ont peur de l’avion, d’autres n’aiment pas aller à l’étranger, d’autres ont d’autres priorités comme mentionné plus haut, ou encore, certaines trouvent que c’est trop dur physiquement (comme moi, les vols long-courriers deviennent compliqués avec mes douleurs)…
Actuellement, le trafic aérien représente 3 à 4% * des émissions de gaz à effet de serre, et il faut ajouter d’autres gaz nocifs qui n’ont pas été comptabilisés. C’est encore assez faible comparé à l’industrie de la mode (10% * selon cet article d’Euronews, ou les Nations Unies) ou au gaspillage alimentaire (8 à 10% * selon l’ONU), et c’est similaire à l’industrie numérique (3 à 4% * selon l’ARCEP, et vouées à croître fortement, même si on argumentera que le nombre d’utilisateurs est bien plus important qu’avec l’aérien). Et c’est la crainte des écolos purs et durs. Si tout le monde se met à prendre l’avion, ça va être la catastrophe. Mais si on arrive à le contrôler et que ça reste au niveau actuel, ce n’est pas la plus grande menace.

*Ces pourcentages peuvent varier selon les sources et la façon dont ça a été calculé, et parfois ces chiffres ne sont que des estimations en raison de la complexité à réaliser ces calculs.

Voyageur écolo se rend à Curaçao pour rendre visite à sa belle-famille
Rendant visite à la famille à Curaçao.

Cependant, le trafic aérien est en croissance. Et c’est là que ça devient préoccupant. Alors, que pouvons-nous faire pour ne pas complètement interdire les avions et éviter la catastrophe environnmentale ? Y a-t-il une alternative ? Peut-on vraiment compter sur le tourisme durable incluant encore les avions ? Quels sont les pièges à éviter avec le tourisme qu’on peint parfois en vert alors que le greenwashing est omniprésent ? C’est de tout ça dont nous parlons dans la 2ème partie de cet article “Comment voyager écolo hors frontières? Question de compromis.“.

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